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Immobilier & Patrimoine

Acheter les murs de son officine : SCI à l'IS ou à l'IR ?

Loger les murs de sa pharmacie dans une SCI est un réflexe patrimonial. Mais le choix entre IR et IS engage vingt ans de fiscalité. Voici comment arbitrer, à jour en 2026.

Lecture 7 min À jour en 2026

Acquérir les murs de son officine est l'un des plus beaux leviers patrimoniaux du pharmacien : plutôt que de payer un loyer à un tiers, on se le verse à soi-même et l'on se constitue un patrimoine à côté de l'activité. Reste une question décisive, souvent tranchée trop vite chez le notaire : faut-il loger ces murs dans une SCI à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés ? Ce choix engage vingt ans de fiscalité. Voici comment l'aborder, à jour du cadre 2026.

Pourquoi une SCI pour les murs

Le montage est classique et robuste : une SCI achète les murs, puis les loue à la société d'exploitation (votre SEL). Trois avantages en découlent. D'abord, le loyer versé est déductible du résultat de l'officine, ce qui sort la charge immobilière de l'activité. Ensuite, la SCI rembourse son emprunt avec les loyers encaissés, et se constitue un patrimoine qui vit sa propre vie. Enfin, séparer les murs du fonds protège l'immobilier du risque commercial et facilite une transmission distincte.

Reste à choisir le régime fiscal de cette SCI. Et c'est là que tout se joue, car IR et IS obéissent à deux logiques opposées.

La SCI à l'IR : la transparence

La SCI à l'impôt sur le revenu (art. 8 du CGI) est « transparente » : les loyers encaissés remontent directement aux associés, imposés dans la catégorie des revenus fonciers, à leur tranche marginale d'imposition (TMI) augmentée des prélèvements sociaux. Il n'y a pas d'amortissement du bâti : seuls les intérêts d'emprunt, les travaux et certaines charges viennent en déduction.

Conséquence : pour un titulaire fortement imposé, des loyers peu grevés d'intérêts peuvent générer un revenu foncier lourdement taxé, au taux marginal. En contrepartie, la SCI à l'IR conserve un atout majeur à la revente, on y revient plus bas.

La SCI à l'IS : l'amortissement

La SCI à l'impôt sur les sociétés change complètement de logique grâce à l'amortissement du bâti. Chaque année, la SCI amortit comptablement l'immeuble, ce qui efface une large part du loyer imposable : le résultat fiscal peut être quasi nul pendant des années, malgré des loyers bien réels. S'y ajoute la déduction des intérêts, des frais d'acquisition et des charges de gestion.

L'effet trésorerie de l'IS : en réduisant fortement le résultat imposable pendant la détention, l'amortissement préserve la trésorerie de la SCI — davantage de cash pour rembourser le crédit ou réinvestir. Le bénéfice éventuel est imposé à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %), bien plus doux qu'une TMI élevée. Pour capitaliser sans avoir besoin des loyers pour vivre, l'IS est souvent redoutablement efficace.

Le piège de la revente

C'est au moment de vendre que les deux régimes divergent le plus — et que l'avantage de l'IS se retourne. En SCI à l'IR, la revente relève des plus-values immobilières des particuliers : imposition à 19 % au titre de l'impôt sur le revenu, plus les prélèvements sociaux, mais avec des abattements pour durée de détention conduisant à une exonération progressive (totale au bout de nombreuses années de détention). Pour une conservation longue, la fiscalité de sortie peut devenir très légère.

Le revers de l'amortissement. En SCI à l'IS, la plus-value ne se calcule pas sur le prix d'achat, mais sur la valeur nette comptable (prix diminué des amortissements déjà déduits). Résultat : plus vous avez amorti, plus la plus-value taxable est élevée, imposée à l'IS sans abattement pour durée de détention. Ce que vous économisez chaque année sur les loyers, vous le retrouvez à la revente. L'IS pénalise donc une revente à moyen terme.

Les critères qui décident

Aucun régime n'est « meilleur » dans l'absolu : tout dépend de votre projet. La SCI à l'IR est cohérente pour une détention longue et une logique patrimoniale et familiale (conserver les murs, transmettre progressivement des parts, revendre après un long portage). La SCI à l'IS est pertinente pour capitaliser, préserver la trésorerie pendant le remboursement du crédit, lorsqu'on n'a pas besoin des loyers pour vivre et que l'on ne prévoit pas de revendre à court ou moyen terme.

Les paramètres décisifs sont donc : votre horizon de détention, votre besoin des loyers, votre tranche d'imposition et votre objectif de transmission. Ces quatre variables doivent être simulées sur 10, 15 et 20 ans, dans les deux régimes, avant de trancher.

Les points de vigilance

Plusieurs précautions s'imposent. Le loyer facturé à la SEL doit correspondre au marché : un loyer manifestement surévalué ou sous-évalué expose à une requalification en acte anormal de gestion. Le bail liant la SCI et l'officine doit être rédigé avec cohérence. L'option pour l'IS est en principe irrévocable : on ne revient pas facilement en arrière. Enfin, une SCI ne doit pas se lancer dans la location meublée, qui la basculerait d'office à l'IS.

Autant de raisons de ne pas décider « à la va-vite » au moment de signer : ce choix structure votre patrimoine pour deux décennies.

IR ou IS, la vraie question n'est pas « lequel paie le moins cet an » mais « lequel sert mon projet à vingt ans » : la réponse se simule avant d'acheter.

Se faire accompagner

Simuler les deux régimes sur la durée, chiffrer l'impact des loyers et de la revente, sécuriser le bail et le loyer de marché, et articuler la SCI avec votre SEL et votre stratégie de transmission : c'est un travail sur mesure, à la croisée du fiscal et du patrimonial. Nous le menons aux côtés des pharmaciens. Découvrez nos accompagnements création & structuration, holdings & SPFPL et acquisition, cession & transmission.

Cet article présente des repères généraux et ne constitue pas un conseil patrimonial personnalisé. Le bon régime dépend de votre situation : il se décide sur simulation, jamais par principe.

IR ou IS pour vos murs ?

Cet article donne des repères généraux. Pour simuler votre situation avant d'acheter, échangeons : premier rendez-vous gratuit et sans engagement.