SELARL ou SELAS pharmacie : quelle structure choisir ?
Régime social du titulaire, fiscalité des dividendes, souplesse de gouvernance : les deux formes de SEL n'obéissent pas à la même logique. Voici comment arbitrer, à jour du cadre 2026.
SELARL ou SELAS ? La question revient à chaque installation, à chaque passage en société et à chaque projet d'association. Les deux formes permettent d'exploiter une officine, sont soumises à l'impôt sur les sociétés et respectent le même cadre déontologique. Mais elles diffèrent sur trois points qui pèsent lourd dans la durée : le statut social du titulaire, la fiscalité des dividendes et la souplesse de gouvernance. Voici comment poser l'arbitrage, à jour du cadre applicable en 2026.
Deux variantes d'une même famille
SELARL et SELAS appartiennent à la même famille, celle des sociétés d'exercice libéral (SEL), qui adaptent les formes commerciales classiques à l'exercice d'une profession réglementée. La SELARL reprend le cadre de la SARL ; la SELAS, celui de la SAS. Dans les deux cas, l'objet reste civil et strictement limité à l'exploitation de l'officine, et la majorité du capital et des droits de vote doit être détenue par des pharmaciens en exercice.
Le choix ne porte donc pas sur la nature de l'activité, identique, mais sur l'enveloppe qui l'accueille. Et cette enveloppe détermine directement combien vous cotisez, comment vous vous rémunérez et avec quelle souplesse vous pouvez faire évoluer votre société.
Bon à savoir : les deux formes sont ouvertes aux pharmaciens d'officine. Rappelons qu'une SEL n'exploite qu'une seule officine : développer un réseau suppose plusieurs SEL, généralement coiffées par une SPFPL. La société, quelle que soit sa forme, n'existe qu'après son inscription au tableau de l'Ordre.
Le régime social du dirigeant
C'est la différence la plus structurante. En SELARL, le gérant majoritaire est un travailleur non salarié (TNS) : ses cotisations sociales représentent de l'ordre de 40 à 45 % de son revenu, pour une protection sociale plus légère (indemnités et retraite plus modestes, pas de couverture accident du travail).
En SELAS, le président est assimilé salarié et relève du régime général sur sa rémunération de mandat. Les cotisations sont sensiblement plus lourdes, mais la couverture est plus complète (maladie, retraite de base et complémentaire, prévoyance). Dans les deux cas en revanche, le dirigeant ne cotise pas à l'assurance chômage et n'ouvre aucun droit à ce titre. À noter aussi : un président de SELAS qui ne se verse aucune rémunération ne cotise pas et ne se constitue donc aucune protection, un point de vigilance fréquent lorsqu'on se rémunère uniquement en dividendes.
La fiscalité des dividendes
Deuxième axe d'arbitrage. Les dividendes versés à une personne physique sont soumis par défaut à la flat tax (prélèvement forfaitaire unique), portée en 2026 à 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), avec une option possible pour le barème progressif.
La nuance historique se joue au niveau des cotisations sociales. Pour le gérant majoritaire de SELARL (TNS), la fraction de dividendes qui dépasse 10 % du capital social (majoré des primes d'émission et des comptes courants d'associés) est réintégrée dans l'assiette des cotisations TNS, en plus de l'impôt. Le président de SELAS, assimilé salarié, échappait traditionnellement à cette règle, ses dividendes ne supportant que la fiscalité classique.
Cet avantage, longtemps mis en avant, s'est toutefois fortement réduit et fait aujourd'hui l'objet d'un encadrement croissant. Il ne peut donc plus, à lui seul, justifier le choix d'une SELAS : l'arbitrage entre rémunération et dividendes doit désormais être chiffré chaque année, en fonction de votre situation réelle.
Le raccourci « SELAS = dividendes optimisés » est dépassé. Entre la règle des 10 %, l'évolution du traitement social des dividendes et l'imposition des rémunérations en BNC, l'écart entre les deux formes s'est resserré. L'intérêt d'une SEL se déplace vers la capitalisation, le financement et la transmission, davantage que vers la seule optimisation des dividendes.
Rémunération : la bascule en BNC
Un changement récent concerne les deux formes de manière identique. Depuis 2024, la rémunération perçue par un associé de SEL au titre de son activité libérale (l'exercice technique de la pharmacie) est imposée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC), et non plus comme un traitement ou salaire. Seule la part correspondant aux fonctions de direction proprement dites reste imposée au titre du mandat social.
Concrètement, il faut désormais ventiler ces deux parts avec soin dans la déclaration. Une ventilation approximative est une source classique de redressement : c'est un point technique que nous sécurisons systématiquement, quelle que soit la forme retenue.
Gouvernance et association
Troisième axe. La SELAS offre une grande liberté statutaire : organes de direction sur mesure, droits de vote dissociables de la part de capital, clauses d'agrément et d'entrée modulables. C'est la forme la plus adaptée à un projet évolutif : accueil progressif d'un associé, montage à plusieurs, préparation d'une structuration multi-sites.
La SELARL est plus encadrée, donc plus rigide, mais aussi plus simple et plus lisible. Pour un exercice seul et stable, cette rigidité n'est pas un handicap : c'est un gage de clarté et de coût de fonctionnement maîtrisé.
Le bon statut n'est pas le plus optimisant sur le papier, mais celui qui colle à votre projet : exercer seul, vous associer, ou bâtir un réseau.
Comment choisir selon votre projet
En pratique, la SELARL convient bien au titulaire qui exerce seul, dans une situation stable, et privilégie des cotisations plus légères pour rembourser un emprunt ou se constituer une trésorerie, quitte à compléter sa protection par des contrats de prévoyance et de retraite dédiés.
La SELAS s'impose plutôt lorsque le projet est collectif ou évolutif : association à plusieurs, entrée progressive d'un adjoint au capital, meilleure protection sociale recherchée, ou architecture de groupe avec une SPFPL en vue d'acquérir plusieurs officines. Dans tous les cas, la décision doit reposer sur une simulation chiffrée intégrant votre rémunération cible, votre bénéfice prévisionnel et votre horizon patrimonial, plutôt que sur une règle générale.
Se faire accompagner
Comparer les deux formes sur vos chiffres réels, calibrer l'équilibre entre rémunération et dividendes, sécuriser la ventilation BNC et anticiper l'articulation avec une éventuelle holding : c'est un travail sur mesure que nous menons aux côtés des pharmaciens titulaires. Découvrez nos accompagnements création & structuration, juridique et holdings & SPFPL.
Le choix de la structure et celui de la rémunération sont indissociables : c'est leur cohérence d'ensemble qui protège vos revenus et prépare l'avenir de votre officine.
SELARL ou SELAS : faisons le calcul.
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